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La contribution des détaillants aux chaînes de valeur industrielles

La contribution des détaillants aux chaînes de valeur industrielles

18 octobre 2017

par Louis Grenier

Bonne ou mauvaise nouvelle? Doit-on accueillir les détaillants dans les parcs industriels et si oui, à quelles conditions?
 
Il devient de plus en plus évident que le monde du détail subit une transformation qui s’approche plus d’une révolution que d’une évolution. Sans surprises, les effets de cette révolution se font sentir jusqu’au cœur des parcs industriels. Nous allons aborder ici trois aspects de cette révolution :

1) L’émergence de la propriété intellectuelle de biens par de grands groupes de détaillants;
2) L’émergence des détaillants virtuels;
3) L’émergence des distributeurs « ouverts au public »



  1. 1. Quand le détaillant est le concepteur du produit

Il existe de plus en plus de détaillants dont l’importance (souvent mondiale) influence l’ensemble de la chaîne de valeur. En d’autres termes, ces détaillants sont suffisamment gros pour dicter aux manufacturiers et aux distributeurs la nature, la conception et jusqu’au prix de chaque article. Bien qu’en disant cela, on pense aux WalMart de ce monde, le meilleur exemple du phénomène reste IKEA. La firme possède un centre de R et D que lui envieraient bien des manufacturiers et possède donc la propriété intellectuelle de près de 80% des articles qu’elle vend. 

C’est donc elle qui décide qui, dans la chaîne de ces fournisseurs, fabriquera et distribuera ses produits vers ses magasins. IKEA contrôle donc l’emplacement de plusieurs ateliers de fabrication, et ce, à l’échelle mondiale. Actuellement, 80% de ces « fournisseurs » sont européens et 15% sont asiatiques. Seulement 5% sont établis ailleurs dans le monde, dont une part négligeable aux États-Unis et au Canada. De plus, la firme contrôle ses centres de distribution, ce qui la rend particulièrement attrayante pour qui cherche à attirer des emplois à valeur ajoutée dans son milieu. Je ne dis pas qu’il faille attirer les magasins IKEA au sein des parcs industriels; ce que je dis c’est qu’à l’instar de ces grands détaillants, la décision d’implanter des usines de fabrication se prend de plus en plus au sein des conseils d’administration de grands groupes de détaillants. 
Il serait donc rentable d’inclure certains de ces groupes de détaillants dans une politique de séduction de nouveaux occupants des parcs industriels. Certains de ceux-ci, certes moins imposants qu’IKEA, sont peut-être localisés chez vous ou à proximité. Ils recèlent des possibilités d’investissement intéressantes.

2. Les détaillants virtuels

Les AMAZON de ce monde sont la damnation des détaillants traditionnels…c'est vrai, mais ils sont aussi déguisés en opportunités intéressantes pour les parcs industriels! Ils doivent bien se localiser quelque part et leurs activités quotidiennes ressemblent à celles des distributeurs ou des centres de logistique : mouvements importants de camions ou même de trains, stockage de biens, entreposage, etc. 

Certains existent déjà même au Québec et sont souvent pudiquement cachés sous des SCIAN associés à la distribution ou même aux centres d’appel. Ils sont cependant plus intéressants que ceux-ci, car ils se distinguent par deux éléments fondamentaux
:
a) Le contrôle, sinon intellectuel, du moins économique, des biens stockés et des mouvements des intrants et extrants;
b) La connaissance du marché du détail.

Ces deux éléments distinctifs se traduisent toujours par un ratio plus élevé d’emplois par mètre carré par rapport à un bâtiment équivalent strictement dédié à la distribution et par des emplois plus diversifiés et de meilleure qualité sur place (développement de produit, service après-vente, conception marketing, web stratégie, administration, etc.).

3. Le domaine de la construction à valeur ajoutée

Il n’y a pas que les concessionnaires automobiles qui cherchent à se localiser dans les parcs industriels (ce qui, pour une municipalité, reste la moins intéressante des catégories de détaillants à se localiser dans un parc industriel; elle ne génère que peu de retombées indirectes au sein du parc, emploie, outre les mécaniciens, peu de travailleurs spécialisés et occupe les meilleures vitrines le long des autoroutes). Leur seul avantage est de générer une intéressante taxation pouvant servir de levier au développement d’un parc industriel.

Il est cependant intéressant de constater que certains volets de l’industrie de la construction jouissent désormais d’une valeur ajoutée enviable. Ainsi en est-il de la plomberie, de la fabrication de cabinets et de l’électricité. Les consommateurs dépensent en effet beaucoup d’argent pour la salle de bain, la cuisine et l’éclairage de leur maison. D’autres domaines ont aussi connu une augmentation des valeurs ajoutées comme l’aménagement paysager extérieur et la domotique, notamment. Tous ces secteurs d’activités créent des emplois de qualité tout le long d’une chaîne de valeur qui se diversifie et se renforce. 

Il est donc intéressant de permettre la fusion des utilisations au sein des parcs industriels pour ces fonctions. L’image de la « cour à bois » et du bâtiment en blocs de béton de l’« entrepreneur » fait lentement place à des entreprises de haut de gamme qui sont intéressées à construire des bâtiments luxueux pour peu que l’accès du consommateur – en plus du service aux entrepreneurs et détaillants – soit permis. Bien sûr, il faut encadrer ces usages multiples pour éviter la transformation des parcs industriels en foires commerciales. Heureusement, les outils ne manquent pas pour assurer ces encadrements.

DONC, la diminution des activités traditionnelles au sein des parcs industriels ne signifie pas la diminution des opportunités. Il faut élargir le spectre des clients potentiels. Nous avons déjà établi que les activités B2B connaissaient une augmentation. Ce que nous discutons maintenant, c’est l’émergence d’une nouvelle clientèle de détaillants qui mérite qu’on s’y attarde.



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