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L'attraction d'entreprises passe désormais par la rétention..ou est-ce l'inverse?

L'attraction d'entreprises passe désormais par la rétention..ou est-ce l'inverse?

1er novembre 2017

par Louis Grenier

À une certaine époque, l'attraction d'entreprises industrielles se faisait indépendamment de la rétention d'entreprises, au point où ces fonctions étaient carrément séparées au sein des organismes de développement économique.

La principale mesure de l'attraction d'entreprises  est le ratio d'investissements entièrement nouveaux (greenfield investments) dans un pays ou une province. Or, si l'on exclut les investissements dans les matières premières (mines et exploitations des gisements pétroliers), le Canada en général et les provinces de l'Ontario et du Québec en particulier n'ont pas connu une performance très intéressante au cours des dernières années. En fait, la province canadienne ayant le meilleur score sur l'indice de rendement de l'investissement direct étranger de création entrant du Conference Board  est…Terre-Neuve!

En effet, ce ratio veut que l'IDÉ est mesuré par le rapport entre la proportion des IDÉ de ce territoire sur la proportion du PIB du même territoire. En d'autres termes, même si la majorité des IDÉ entrant au Canada restent concentrés au Québec et en Ontario, la proportion de ceux-ci à Terre-Neuve est proportionnellement beaucoup plus importante par rapport à son PIB. Un ratio de 1 de cet indice représentant l'«équilibre», on constate qu'entre 2008 et 2012, l'indice de Terre-Neuve était de 3,03 alors que celui du Québec n'était  que de 0,48.

En quoi cela change-t-il la stratégie d'attraction?

De tous les facteurs qui expliquent la faiblesse des investissements directs étrangers au Canada, la désindustrialisation est probablement celui qui affecte le plus les provinces historiquement manufacturières du Québec et de l'Ontario. 

Au sein de chaînes de valeur de plus en plus mondialisées, dans un monde industriel où les rationalisations concentrent les prises de décision entre de moins en moins de mains, la localisation des unités de production obéit à des critères qui se mesurent à l'échelle planétaire. La compétition entre sites devient donc extrêmement forte et s'étale sur plusieurs niveaux allant des niveaux internes au sein des organisations elles-mêmes (on parle souvent de «gagner un mandat de production» pour une succursale canadienne d'un grand groupe) jusqu'aux tractations d'un état pour attirer telle ou telle unité de production d'une multinationale.

Or, le Québec est parfois désavantagé en telle matière, car ses unités de production - fondées au départ par des entrepreneurs locaux, mais rachetées au gré des consolidations et autres acquisitions - sont souvent les plus petites du groupe ainsi formé (Firestone à Joliette, ArcelorMittal à Contrecœur, les exemples ne manquent pas). Il est donc difficile pour elles de concurrencer, au sein même de leur organisation, les autres unités de fabrication pour «gagner les mandats mondiaux».

De plus, à quelques exceptions près, il est difficile pour l'état québécois, ou même canadien, d'offrir la gamme des incitatifs que déploient les états américains, par exemple ou de proposer l'environnement fiscal de l'Irlande. Bref, en matière d'attraction de l'IDÉ, nous ne sommes pas des premiers de classe!

Les pistes de solution

Je ne suis pas de ceux qui prônent l'augmentation des aides gouvernementales au point «d'acheter» les IDÉ. Je crois cette piste de solution dangereuse et semée d'embûches. L'exemple de l'Irlande justement démontre à quel point cette solution procure une fausse prospérité, fragile au point que le moindre changement dans la politique fiscale fait fuir les investisseurs aussi rapidement qu'ils sont apparus. Ici même à Montréal, la croissance et le déclin de l'industrie pharmaceutique prouvent bien que le marché intérieur ne peut supporter les unités de production qui s'y sont installées et que seules les mesures fiscales généreuses ont permis l'attraction de l'industrie.

Cela dit, les percées scientifiques du milieu montréalais ont tout de même été remarquables dans cette industrie et ont permis l'éclosion d'une base pharmaceutique, certes moins importante, mais tout de même très vivante. 

À moyen et court terme, cependant, ces outils ne sont pas à la portée des gestionnaires de parcs industriels. Au Canada et au Québec surtout, le salut de la croissance industrielle passe donc par deux vecteurs importants:
  1.  La niche
Par définition, le Québec est un marché trop petit pour soutenir la production de biens de masse. Il sera donc toujours désavantagé par rapport à d'autres marchés à l'échelle du monde. La production de biens spécialisés, à forte valeur ajoutée, devient donc une avenue toute naturelle. Cela suppose par contre deux prérequis:
  1.  Une forte propension à l'innovation;
  2.  Une veille stratégique sur les opportunités le long de la chaîne de valeur.
      2.  L'augmentation de l'efficacité de la logistique

Ce deuxième vecteur est un corollaire du premier dans la mesure où un produit niché à forte valeur ajoutée doit trouver des débouchés à l'échelle de la planète. Il est donc primordial que la chaîne logistique soit très efficace et que les produits ainsi manufacturés puissent voyager de l'entreprise qui les fabrique vers le destinataire final en temps voulu au meilleur coût possible. 

Incidemment, cela est aussi vrai pour les matières premières nécessaires à la fabrication des dits produits. 

Or, ces deux vecteurs sont des armes à la portée des gestionnaires de parcs industriels. Le gouvernement du Québec a fait de ces deux sujets une priorité de développement. Il est donc possible d'encourager l'innovation, de la susciter au sein même des entreprises existantes. C'est d'abord une arme de rétention, mais qui suscite de grands espoirs pour devenir une arme d'attraction le long des chaînes de valeur locales ou régionales. De plus, il est possible de travailler avec les acteurs locaux ou régionaux en matière d'amélioration de la logistique et d'encourager les projets visant celle-ci. Au Québec, nous avons un port qui traite - efficacement d'ailleurs - la conteneurisation. Contrairement à ce que l'on pense généralement, le Port de Montréal peut, et veut permettre à un maximum d'entreprises d'avoir un accès économique à ses installations et ainsi rationaliser le transport de marchandises. 

Une des mesures les plus évidentes du succès futur de la politique maritime sera justement de contribuer à une meilleure diffusion des produits manufacturés québécois à travers le monde.


Si vous aurez besoin de conseils pour l'attraction d'entreprises, n'hésitez pas à nous contacter.