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Réflexion en temps de pandémie

Réflexion en temps de pandémie

14 mai 2020

par Camille Brun, Analyste, urbanisme et développement du territoire

Aujourd’hui, le monde est différent. Tous les pays du monde font face à une situation hors de leur contrôle qui les pousse à réévaluer ce qui auparavant était acquis… le mode de vie.

Aujourd’hui, rien n’est plus normal. Le simple fait d’aller à l’épicerie est étrange. Nous devons parfois attendre à l’extérieur avant d’entrer, suivre des flèches nous indiquant dans quel sens prendre une allée. Faire l’épicerie est (ou était devrais-je dire) quelque chose de plutôt automatique chez moi. J’allais toujours au même endroit, suivait un parcours qui me semblait logique pour ce que j’avais besoin d’acheter, ne me préoccupait pas vraiment de la proximité des autres clients, etc. C’est fou comme suivre des flèches dans un magasin nous déstabilise tout à coup. Notre « normalité » a été chamboulée. Mais en fait, quelle est la normalité vraiment? En fait, ce n’est qu’une habitude.

Ne serait-ce pas le moment de nous repositionner sur cette fameuse normalité plutôt que d’essayer de planifier le retour à cette dernière qui n’est apparemment pas infaillible?

Je ne suis pas ici pour vous parler de votre épicerie, c’est simplement un exemple de tout ce qui est bouleversé en ce moment. Je suis ici pour vous parler de quelque chose de beaucoup plus grand et complexe, un environnement qui me fascine, avec lequel j’ai une relation ambiguë : nos villes. J’adore l’environnement urbain et ce qu’il apporte, surtout au niveau des relations sociales. D’autre part, je crois que nos villes sont en quelque sorte brisées. Elles ont elles aussi été atteintes de quelque chose de comparable à une maladie. Celle-ci était peut-être plus subtile et s’est installée depuis si longtemps qu’on ne l’a pas vraiment vu venir, mais maintenant, on voit les symptômes apparaître.

En fait, il s’agit plutôt d’une série d’événements qui nous a amenés là où nous en sommes aujourd’hui. La ville de nous appartient plus, nous ne la vivons plus. Nous y travaillons, y habitons, nous nous y déplaçons. Mais sommes-nous vraiment en mesure de l’apprécier?

Nous pratiquons actuellement la distanciation sociale. Je n’aime pas trop cette expression, je préférerais parler de distanciation physique. Mais soyons honnêtes ici, le manque d’espace nous pousse à la distanciation sociale. Les lieux de rencontre sont fermés : les restaurants, les bars, les cafés, les écoles, les théâtres, etc. 

Serait-ce une bonne idée d'excentrer les stationnements des artères commerciales pour nous forcer à marcher et explorer? Je pense personnellement qu’il serait encore mieux d’utiliser les transports en commun pour diverses raisons, mais soyons réalistes, on ne peut le faire partout au Québec. En effet, l’étalement urbain rend la chose plutôt difficile si on n’est pas dans une grande ville. Peut-être y arrivera-t-on un jour (petite once d’espoir ici).

Là où je veux en venir, c’est qu’en prenant l’espace auparavant dédié à l’automobile, nous pourrions peut-être pratiquer la distanciation physique tout en pouvant être en société. Fermons quelques rues et installons des terrasses. Ouvrons les portes des commerces et laissons-les s’étendre sur la rue. Reprenons l’espace pour un de nos besoins primaires aujourd’hui : sortir et voir des gens… même si c’est à deux mètres de distance. Et honnêtement, tous ces espaces pour les voitures ne servent à rien maintenant qu’on ne peut plus sortir. D’accord, il faut quand même des routes, je sais bien, mais peut-être pas partout, on pourrait faire un compromis. Oh, et tant qu’à y être, est-ce qu’on peut ramener un peu de verdure dans nos villes? Je pourrais vous parler longuement des méfaits de la minéralisation des surfaces, comme nos rues par exemple, mais ce n’est pas l’objectif aujourd’hui. Disons tout simplement que c’est plus agréable à regarder que du goudron et aussi beaucoup plus frais en période estivale. 

Ironiquement, le fait que nos rues soient si larges au Québec - ce qui amène toute sorte de conséquences environnementales, sécuritaires et même économiques (ça coûte cher entretenir tout ça) - et bien cela nous donne une certaine latitude en ces temps du coronavirus. On a plus de place pour les humains!

Il y a des tas d’initiatives à travers le monde. Des cafés, restaurants et bars qui s’étendent sur l’espace public. Nous n’avons pas d’excuses au Québec, nous avons de l’espace à revendre comparativement à certains endroits en Europe par exemple. Cela permet aussi aux cafés, restaurants, bars et autres d’ouvrir à plus grande capacité (on va le dire, c’est plutôt limitatif les deux mètres de distance). Ainsi, on peut satisfaire un plus grand nombre de clients, qui permettra un plus grand chiffre d’affaires et faire rouler l’économie. 

Je suis bien consciente qu’on ne peut pas fermer toutes les rues aux automobiles. C’est pourquoi je pense que les villes devraient avoir une réflexion stratégique à ce sujet.

On peut analyser où sont situés les commerces et les endroits d’intérêt sur notre territoire et privilégier ces espaces aux piétons. On peut aussi diminuer l’emprise de la voie aux automobiles sans toutefois la supprimer. Je pense que les possibilités sont énormes. Il faut se donner les moyens de le faire… et le faire.


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