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Le télétravail – une opportunité pour le développement régional?

Le télétravail – une opportunité pour le développement régional?

10 juillet 2020

par Louis Grenier

On écrit beaucoup sur la pandémie du COVID-19 et surtout on spécule énormément sur l’après-COVID. C’est encore plus vrai pour tout ce qui touche l’économie. On peut constater l’impact de la pandémie sur le déficit astronomique, le taux de chômage et les faillites tant celles des entreprises que celles des individus.

Bref, personne ne peut contester l’empreinte profonde et pérenne de la crise. Cela dit, toute crise génère des opportunités. À court terme, on a vu des entrepreneurs profiter d’une demande incroyable de certains produits et services qui a contribué à la croissance rapide de leur entreprise. 

Au niveau des régions économiques jusqu’à maintenant, la pandémie a surtout rimé avec « mauvaises nouvelles » : fermetures touristiques, arrêt de production manufacturière, fin annoncée des liaisons aériennes (Air Canada chérie!), bref une panoplie de « coups sous la ceinture » comme le soulignait le maire des Îles, M. Jonathan Lapierre, qui inquiètent pour la survie même de certaines régions.

Cela dit, le long terme pourrait s’avérer prometteur pour les régions qui oseront gager sur le phénomène du télétravail. La pandémie nous a collectivement fait réaliser que plusieurs emplois pouvaient être aussi efficaces en utilisant les outils du télétravail. Plusieurs spécialistes pensent que ce phénomène survivra au COVID-19 à raison d’environ 15-20% des heures travaillées par la catégorie des travailleurs « cols blancs ».

Au Québec, en 2019, il y avait 4 264 210 travailleurs au Québec dont environ la moitié répondaient plus ou moins à cette définition de « cols blancs » (si on exclut les employés tant au privé qu’au public dont le travail exige un contact avec la clientèle ou ceux qui doivent utiliser des appareils impossibles à manipuler à distance – construction, manufacturier, soin et santé, commerce de détail, transport, tourisme, etc.).

Cela représente tout de même quelques 2 000 000 de travailleurs. C’est un apport énorme si on calcule que 15% de leurs heures pourraient se travailler de leurs domiciles ou à proximité immédiate de ceux-ci. 15% ou 20% de l’apport économique de cette masse de travailleurs se traduit par plus de dépenses locales (magasinage, restauration, services divers) mais aussi par une restructuration potentielle de l’offre immobilière, donc de l’assiette fiscale. 

Vous pensez que le télétravail se résorbera dès la fin de la crise? Peut-être, mais sachez que plusieurs employeurs privés ont déjà annoncé avoir entamé une réflexion à cet égard. Les rumeurs au sein de la communauté immobilière sont persistantes. Le gouvernement du Québec, qui vient d’investir massivement dans l’achat d’ordinateurs et dans le renforcement de la bande passante, estime aussi que le télétravail survivra à la crise. C’est un outil efficace contre l’absentéisme et le stress et surtout, plusieurs employeurs ont constaté que cela peut se traduire par des économies substantielles au chapitre des baux commerciaux et donc, des frais fixes. La pandémie a tout simplement contribué à la réalisation de l’efficacité des outils disponibles. (Allo Zoom et Teams!)

Les outils à mettre en place

Bien sûr, les premiers bénéficiaires d’un éventuel mouvement vers le télétravail seront les régions périphériques des grands centres, surtout celles évidemment qui offrent des connexions internet haute vitesse et qui sont situées à moins de deux heures de route (incluant le temps passé dans les embouteillages). Ce temps de transit est considéré comme acceptable si un travailleur n’a pas à le faire tous les jours.

Mais les régions-ressources peuvent aussi tirer leur épingle du jeu en étant proactives. Nous pensons que le phénomène se développera sous deux axes.

1) Le bureau à la maison

Si plusieurs travailleurs ont trouvé agréable le fait de travailler à la maison (pas de trafic, souplesse de l’horaire, agencement famille-travail beaucoup plus facile), certains ont constaté que leur résidence n’était pas adaptée pour ce type d’utilisation (pas de bureau comme tel, impossibilité de s’isoler, présence « grouillante » des enfants, etc.). Il est donc évident que pour ces travailleurs, l’adaptation des lieux devient une priorité, sinon le télétravail leur est fermé. 

Il convient donc d’interpeller les constructeurs résidentiels régionaux pour développer un « produit immobilier » qui tient compte de cette futur demande pour attirer les futurs télétravailleurs. Des rectifications à la réglementation peuvent aussi être pensées pour favoriser ce type de produit. 

2) La construction de bureaux-satellites

Au cœur de la réflexion des grands utilisateurs immobiliers privés et publics réside la pensée que les outils du télétravail pourraient être regroupés au sein de bureaux décentralisés ou des espaces de travail volants seraient aménagés pour les employés de l’entreprise qui résident autour de ce centre. Une espèce de WE WORK interne à l’organisation. Les employés pourraient s’y rendre pour assister à des réunions (virtuelles ou en personne), profiter d’un espace de travail pour y recevoir clients et fournisseurs ou pour y travailler dans une atmosphère plus professionnelle.

Pour l’entreprise cette décentralisation offre le double avantage de diminuer l’espace bureau nécessaire aux opérations et d’avoir accès à un taux de location plus bas en périphérie qu’au centre-ville. Les villes-satellites du Grand Montréal (Joliette, Valleyfield, Saint-Jérôme, Saint-Jean-sur-Richelieu, Saint-Hyacinthe, Lachute, par exemple) pourraient ainsi faire revivre une fonctionnalité de « centre régional » qui a été grignoté au cours des dernières années.

Les villes-centres des régions périphériques, parce qu’elles offrent des services diversifiés et de qualité, pourraient aussi en profiter (Gaspé, Val-D’or, Rouyn-Noranda, Saguenay, Alma, Dolbeau-Mistassini, Rivière-du-Loup, Baie-Comeau, Sept-Îles, Rimouski, Granby, Drummondville, Victoriaville, Shawinigan, etc.) en plus des grands centres régionaux comme Trois-Rivières, Sherbrooke ou Gatineau.

Il convient donc de voir comment l’offre immobilière locale peut s’orienter vers ce type d’offre. Encore ici, la mobilisation des propriétaires fonciers aux centres-ville et des promoteurs commerciaux est essentielle. De plus, certains prérequis pourraient étayer une offre proactive envers certains utilisateurs. Ainsi, un recensement des employés gouvernementaux habitant dans un rayon de quelques kilomètres de l’agglomération ou des employés de quelques grandes corporations privées pourrait constituer un argumentaire solide pour convaincre un employeur d’y déployer un nouveau centre de services.

Bref, le télétravail peut s’avérer un outil de revitalisation économique intéressant pour qui développe un produit adapté à cette nouvelle réalité. Mais, n’oubliez pas ce que disent les Américains : the early bird gets the worm!


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