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Les dix commandements de l’autonomie industrielle

Les dix commandements de l’autonomie industrielle

15 septembre 2020

par Louis Grenier

Au cours des derniers mois, la pandémie nous a mis devant l’évidence de renforcer le contrôle de nos approvisionnements et, par conséquent, l’autonomie de notre industrie.

Dans cette optique, il m’est apparu nécessaire d’encadrer cet objectif. En bon vieux catholique, j’ai pensé vous offrir les dix commandements de l’autonomie industrielle du Québec.


1. Le Québec et le Canada sont des marchés très petits à l’échelle planétaire, il est donc impossible de penser que tous les produits puissent y être fabriqués à coût économique. Cela dit, la pandémie nous a montré que certains produits à forte consommation, sont des produits stratégiques et que, par conséquent, même à coût supérieur, il faut les produire ici. Un exercice d’identification de ces produits doit donc être fait. Pour les autres produits de masse, non stratégiques, il faut continuer à acheter au meilleur coût.

2. Nous sommes trop peu nombreux pour nous replier sur nous-mêmes. D’un point de vue économique, nous sommes condamnés à exporter. Le corollaire de cette affirmation est évidemment que nous devons laisser nos frontières et nos esprits ouverts à l’importation. Cela n’est pas incompatible à une autonomie industrielle améliorée. Plusieurs outils sont possibles et ont été utilisés dans le passé (licences, groupes de production ou d’achats internationaux, développement de propriété intellectuelle en commun, etc.).

3. Nos entreprises ayant connu les plus grands succès internationaux sont celles qui ont exploité une niche bien définie d’une chaîne de valeur donnée. Par exemple, les difficultés de Bombardier Aéronautique datent du moment où l’entreprise a voulu concurrencer les grands avionneurs sur leur terrain. Dans ce contexte, la mutualisation des équipements, même si ce n’est pas dans nos mœurs, doit être encouragée dans la mesure où les coûts ne cessent d’augmenter et dans la mesure où une concentration nichée veut dire des courses de production plus courtes et donc plus coûteuses par unité.

4. Il est temps de s’attaquer à la multiplication des parcs industriels dans toutes les municipalités pour favoriser une concentration, au moins à l’échelle des MRC. Cela suppose une réforme de la taxation (pour distribuer les coûts et les recettes fiscales dans toutes les municipalités). Cela permet une meilleure gestion du territoire, une meilleure concertation industrielle, un rapprochement des chaînes logistiques et la protection des noyaux villageois. À quand une CPTI (Commission de protection du territoire industriel!).

5. Nous avons fait une erreur historique au tournant du XXie siècle quand nous avons abandonné le réseau ferroviaire. Il est temps de le réactiver, mais aussi de démocratiser son utilisation, donc de la rendre plus accessible aux PME. Les récents événements du secteur de la desserte aérienne montrent la vulnérabilité systémique des régions qui ne peuvent prospérer dans ce contexte. Finalement, le cabotage sur le Saint-Laurent pourrait aussi permettre une meilleure intégration intermodale, tout en ménageant nos routes!

6. La logistique de pointe est l’un des écosystèmes qui connaît actuellement le plus grand essor. Une logistique de pointe efficace à coût économique sera, dans le futur, un des principaux arguments de localisation des entreprises manufacturières. L’intermodalité, les zones franches, les CFS (Container Freight Stations), mais aussi le recours aux outils de l’intelligence artificielle, fera foi de notre efficacité logistique territoriale.

7. Produire est une chose, mais la propriété intellectuelle et le design industriel sont les facteurs déterminants de la valeur ajoutée moderne. Dans la mesure où on fait du nichage une stratégie de croissance industrielle, ces deux facteurs sont les garants du développement d’une chaîne de valeur efficace et structurée.

8. Même la pandémie n’est pas venue à bout de la pénurie de travailleurs spécialisés. On a vu comment la sécurité alimentaire est tributaire de l’apport des travailleurs étrangers. Si la démonstration n’est pas aussi limpide pour le secteur industriel, il est certain que la croissance des emplois industriels passe par l’accueil ciblé de travailleurs compétents.

9. Nous avons la chance d’avoir une richesse minérale, une profusion d’eau potable et une forêt importante. En particulier dans les nouveaux minéraux, on doit forcer la transformation ici de la ressource, quitte à y investir collectivement des sommes importantes et risquées. Encore ici, la propriété intellectuelle des résultats de la recherche et du développement permettra une participation à long terme à la valeur ajoutée que promettent ces nouvelles utilisations.

10. Il faut revoir le processus d’attribution des contrats publics pour que le coût ne soit JAMAIS le critère décisionnel au-delà d’un seuil maximal à définir.


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